Xavier Prévost - FRANCE MUSIQUE

Emission "Le Bleu, La Nuit" 


Le pianiste Marc BENHAM en solo. Concert enregistré le 25 janvier 2014 au studio Charles Trenet.
   Un pianiste, et un concert, très exceptionnels. Marc Benham a étudié la musique classique, pratiqué le jazz classique, que les amateurs  désignent sous le terme affectueux de "vieux style" (piano stride, jazz Nouvelle-Orléans), et il a "fait le métier" en accompagnant des chanteurs de variété. Mais il est jazzman dans l'âme, et jusqu'au bout des doigts. Sa connaissance et son amour du jazz n'entravent nullement sa créativité et sa fantaisie, l'une et l'autre servies par des moyens pianistiques impressionnants. Martial Solal ne s'y est pas trompé, qui écrit à son propos :" Marc Benham possède à un très haut niveau toutes les qualités attendues d'un authentique musicien: technique, feeling, sens harmonique et invention mélodique. Il a su incorporer dans son langage, pétri de tradition, toutes les avancées des styles qui ont suivi. Un vraiment beau pianiste, tel que je les aime".


Xavier Prévost - FRANCE MUSIQUE

Emission "Le Bleu, La Nuit" sur France Musique 25/02/14

 


JAZZ MAGAZINE - JAZZMAN / JUIN 2013


Marc Benham

REVELATION !

HERBST

Frémeaux & Associés/Socadisc

 

NOUVEAUTE. Les Américains qualifieraient sans doute, et à juste titre, Marc Benham de musicien versatile. A savoir que dans son jeu coexistent des styles différents, du stride de James P. Johnson et Fats Waller à Keith Jarrett et Chick Corea, avec des réminiscences harmoniques de Claude Debussy et d’Eric Satie. Improbable melting pot. Or, ce qui pourrait n’être que démarquage plus ou moins habile, collage aussi incongru qu’aléatoire, revêt sous ses doigts une unité telle que son idiome en acquiert une indéniable originalité. Avec, en outre, une parfaite fluidité. Tel est le talent de ce pianiste qui mêle, au sein d’un même morceau, les climats les plus divers, suggère tour à tour joie et mélancolie, recueillement et allégresse. Ainsi de ses compositions et de l’improvisation libre intitulée Heure perdue, déclinée en trois épisodes. Et aussi des standards intemporels, Just You, Just Me, Tea For Two, le monkien Think Of One ou Angelica de Duke Ellington, trop peu souvent joué. Il y a chez lui du Martial Solal, pour la virtuosité et la fantaisie. Pour la manière, aussi, de maîtriser toute l’histoire de l’instrument, sans s’appesantir, en usant de l’allusion et de la litote. Faut-il ajouter que Marc Benham possède une technique acquise par l ‘étude du piano classique ? Elle ne suffirait pas à le différencier de nombre de ses collègues s’il n’y joignait un toucher à la fois ferme et délicat, une invention mélodique et un sens des nuances et des dynamiques qui tiennent d’un bout à l’autre l’auditeur en haleine. Pas de doute, ce funambule inspiré, à la fois léger et profond, signe ici un album des plus prometteurs. Nul doute qu’on reparlera de lui.

JACQUES ABOUCAYA

Marc Benham (p solo). Le Pré Saint-Gervais, Novembre 2011 et Juillet 2012.

JAZZ MAGAZINE - JAZZMAN / JUIN 2013

LIBERATION 

 Marc Benham, entre Harlem piano et Modern jazz

Exemple de grand écart entre deux styles (le Stride des années vingt et le Jazz-Rock première mouture), le pianiste parisien Marc Benham reste avant tout attaché à la notion d'émulation. Son père est saxophoniste de Dixieland. Son frère amateur de Jazz-Rock. Comment l'enfant du Nord de Paris peut-il rester insensible aux deux genres certes opposés dans le siècle, mais caractérisés par la virtuosité instrumentale? Marc Benham, né en 1980, ne s'est pas laissé déchirer. Entre les études au Conservatoire du 17e arrondissement, il joue à 14 ans dans la formation de son père et, à la maison, repique les solos de Joe Zawinul et de Chick Corea sur les vinyles du frangin. Il découvre les solistes du Stride de Harlem, les décollages vertigineux de Donald Lambert, les ritournelles démentielles de James P Johnson. La révélation. Le Parisien n'en reviendra jamais :"l'indépendance des interprètes et la richesse du style m'a ébloui". A 18 ans, les contrats de musicien tombent en rafale. Benham continue d'étudier  le Baroque (Bach) et les Romantiques, (Schuman, Chopin), mais s'immerge dans les parties de Keith Jarrett, marqué par le classique, mais qui "swinguent parfois incroyablement". Il s'émerveille de l'univers et de l'approche uniques de Thelonius Monk, lui aussi piqué de stride, dont il reprendra Think of One.

Là, coup de chance : un ami lui présente le fondateur de la Bill Evans Academy à Paris, le pianiste Bernard Maury, une éminence. Il fréquente, deux années durant, l'école de la rue des Amandiers, devient son disciple. La vision de la musique change. Singulièrement, Benham n'essaie pas de décalquer la patte d'Evans, comme beaucoup de ses contemporains... "même si j'ai adopté ses renversements harmoniques". On retrouve l'esprit de Bill Evans dans la composition Idée de Buenos Aires, sur l'excellent Herbst, le premier album, salué par Martial Solal, chroniqué ici le mois dernier. Pourquoi le pingouin en visuel de la couverture du CD? "Parce que le pianiste s'efface derrière son costume de scène pour assurer le show. Il abandonne tout au public, à commencer par la promesse de ne  pas s'ennuyer". Pourquoi  Herbst? Parce que le mot signifie Automne en langue allemande. La saison qui relie l'été à l'hiver évoque la notion de saut entre deux mondes et résume bien son style. Miles avait déjà réquisitionné comme titre de morceau le mot anglais (Fall)... Benham s'est naturellement retourné vers le vocabulaire de sa grand-mère viennoise. Miles, autre spécialiste de l'enjambement d'un style à l'autre... Il a raison. Quand on vibre, pourquoi s'immobiliser?

Bruno Pfeiffer

Herbst (Frémeaux et Associés)
Concert le 31 mai au Caveau des Légendes (Paris 6e)
Crédit photo : Monsieurtok

Bruno Pfeiffer, LIBERATION.FR , 10/05/2013

 

LE JARS JASE JAZZ


Comment éviter qu'un album de piano solo ne soit pas ennuyeux pour l'auditeur de bonne volonté qui se trouve face au même type sur le même instrument tout du long sans autre possibilité de réplique que de couper la musique? En variant les plaisirs, les jeux, les styles, les compositions. En jouant court et dense. C'est ce que fait à merveille, Marc Benham, évident disciple de Martial Solal par la clarté, la limpidité, la virtuosité de son propos mais qui a l'intelligence de ne pas le copier. Marc Benham a commencé le piano par la musique classique, a ensuite découvert les charmes du stride de la Jazz Era (les années 1920) et a fait toutes sortes de métier au piano: Jazz, cirque, variétés, croisières, bars, accompagnement de films muets. De toutes ces expériences, il a su dégager sa personnalité tout en restant ouvert, curieux. Cela s'entend tout du long de cet album solo.

De plus, cet homme a de l'humour. La preuve, sur la pochette de l'album, se trouve représenté un manchot au piano. Sauf que pour trouver ce pianiste manchot il faut être sourd comme un pot. 

Il joue aussi bien des standards de Jazz comme " Just You, just me " (n°1), " Think of one " (TS Monk, n°3), "Angelica " (Duke Ellington, n°4) que des fantaisies comme sa version de " Super Mario Land " (n°14) la musique du fameux jeu vidéo. Il sait aussi composer avec goût comme son " Idée de Buenos Aires " (n°6) où je n'ai pas entendu de tango ou son " Beau Blaise " (n°7) qui me rappelle un collègue et ami à qui je l'ai fait écouter d'ailleurs. 

Et puis il y a le morceau titre où il déploie un feu d'artifice de musicalité et de sentimentalité passant d'un jeu classique au stride mâtiné de jazz contemporain. " Herbst " (n°2) en allemand, c'est l'automne. Lectrices sophstiquées, lecteurs raffinés, vous vous demandez déjà s'il s'est inspiré dans ce morceau de Jozef Haydn, de Franz Schubert, de  Gustav Malher ou d'Arnold Schoenberg qui ont tous écrit un morceau comprenant " Herbst " dans le titre. Ma foi, j'avoue que je n'en sais rien. Je vous laisse chercher mais plutôt que de gâcher votre écoute à la recherche d'influences réelles ou supposées, profitez de la musique, sapristi!

Marc Benham sera en concert à Paris au Caveau des légendes le vendredi 31 mai 2013 à 21h30 en solo et en trio, puis en solo à Melle, Deux Sèvres, Poitou Charentes, France le mercredi 5 juin 2013 à 20h . Voici, pour finir cette chronique, le dernier morceau de l'album " Herbst " , " Super Mario Land " (n°14). Amusez vous bien, lectrices sophistiquées, lecteurs raffinés.

Guillaume Lagrée, Le Jars jase Jazz, http://lejarsjasejazz.over-blog.com

Mai 2013


Marc Benham "HERBST"


Notation : etoile-bleueetoile-bleueetoile-bleueetoile-bleueetoile-demi-bleue(4,5/5)

La musique étant essentiellement un art collectif, on peut estimer que le solo de piano, ou de tout autre instrument, déroge à la règle. C’est vrai, et c’est d’autant plus risqué, car là, on se trouve face à soi-même et surtout face à tous ceux qui ont essayé avant vous.

Et Dieu sait combien, parmi eux, il y a eu de génies. Passer après Chopin, Liszt, Satie, certes, est redoutable, mais également passer après Thelonious Monk, Bill Evans, Erroll Garner, Art Tatum, James P. Johnson, Claude Bolling ou Keith Jarrett, ce n’est pas simple non plus. Marc Benham ose et il a un style qui lui est bien particulier. Imaginez le stride de Fats Waller (un sorte de boogie-woogie acrobatique où la main gauche semble sauter d’un bord à l’autre) qui lui aurait été enseigné par MacCoy Tyner ou Chick Corea. Il réinterprète, à sa sauce, des grands standards (« Just You Just Me », « Angelica » du Duke, « That’s All », « Tea for Two ») ou bien joue ses propres compositions, dont trois délicieuses « Heures perdues » qui ne sont pas perdues pour tout le monde. Beaucoup d’espiègleries et de clins d’œil chez ce pianiste éminemment doué et facétieux qui n’hésite pas à réinterpréter un morceau d’Hirokazu Tanaka, l’auteur bien connu de chez Nintendo qui composa, pour la Game Boy, en 1990, ce « Super Mario Land » dans lequel, souvenez-vous, Super Mario affrontait Tatanga le Maléfique. Et je puis vous affirmer que c’est du sacrément bon jazz. Au total, un grand et beau CD qu’on réécoute.

Michel Bedin, http://www.on-mag.fr

SO JAZZ


Marc Benham Voilà le pianiste comme on l'apprécie, irrigué par la tradition du stride tonique de James P. Johnson, par les recherches acrobatiques d'un Martial Solal, et par les avancées de Thelonius Monk (Think of One). On retrouve en filigrane le sens mélodique de Duke Ellington, dont Benham livre une convaincante Angelica. Par le jeu, par les idées, par la limpidité du toucher, par l'évidence du phrasé, par l'ouverture sur les champs d'exploration, le Français capte l'attention.

Herbst - Frémeaux et Associés/Socadisc
CONCERT le 31 mai au Caveau des Légendes

SO JAZZ, Mai 2013